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Le bitcoin, plus semblable à un actif qu’à une monnaie


Todd Mattina, Ph. D. Vice-président principal, économiste en chef, gestionnaire de portefeuille, cochef d’équipe Équipe des strat.gies multi-actifs Mackenzie

Jules Boudreau, MA Économiste Équipe des stratégies multi-actifs Mackenzie


Points importants

Même si le bitcoin pourrait éventuellement devenir plus courant pour les importants transferts de fonds transfrontaliers, ses perspectives restent peu prometteuses en tant que solution de remplacement réaliste pour le traitement des transactions quotidiennes.


Son appréciation au cours de la dernière année semble pouvoir s’expliquer par son rôle potentiel en tant qu’actif financier, peut-être en remplacement ou en complément de l’or physique.


On s’attend à ce que les investisseurs à long terme ne recherchent que des répartitions limitées en cryptomonnaies en raison de l’extrême volatilité des prix, de leur valeur intrinsèque incertaine et des risques réglementaires.

 

Les perspectives pour le bitcoin et les autres cryptomonnaies reposent sur deux questions clés : les cryptomonnaies feront- elles concurrence aux devises garanties par les gouvernements en tant que moyen de paiement, et les investisseurs traiteront-ils les cryptomonnaies comme une nouvelle catégorie d’actifs qui mérite une place dans les portefeuilles bien équilibrés? Une bonne partie du discours à propos de la hausse spectaculaire précédente du bitcoin en 2016-2017 s’est concentrée sur la possibilité que la cryptomonnaie perturbe l’infrastructure traditionnelle des paiements, des espèces aux cartes de crédit. C’est de l’histoire ancienne. La « vitesse de circulation » du bitcoin, une mesure de la fréquence à laquelle les bitcoins changent de mains, a diminué de moitié depuis 2017 et n’a pratiquement pas augmenté tout au long de sa récente hausse d’un an, ce qui souligne l’habitude des personnes qui possèdent des bitcoins de les conserver plutôt que de les dépenser (Graphique 1).

Même après de multiples ajustements à sa technologie de chaîne de blocs, le réseau de bitcoins est toujours limité à moins de 10 transactions par seconde, une très petite fraction de la capacité signalée par Visa de 24000 transactions par seconde. Cette contrainte de variabilité d’échelle n’est pas facile à surmonter et pourrait entraîner des retards de traitement ou des frais de transactions élevés, notamment en période de forte demande. Un retard de plusieurs heures pour le règlement et des frais de 10 $, ce qui est prévu pour une transaction en bitcoins typique, découragerait même l’acheteur le plus enthousiaste quant à la technologie.

L’adoption généralisée du bitcoin en tant que monnaie de rechange pour les transactions quotidiennes semble peu probable. Les cryptomonnaies semi-décentralisées, comme Ripple, sont plus prometteuses à cet égard, même si elles présentent aussi certains inconvénients, dont une sécurité plus faible et une plus grande vulnérabilité à la réglementation. Des solutions pour contourner la chaîne de blocs, dont le plan de Mastercard pour faciliter les conversions de la cryptomonnaie en monnaie fiduciaire au point de vente, devrait aider à améliorer la crédibilité de la cryptomonnaie, mais sans régler le problème de variabilité d’échelle à long terme du bitcoin. Le bitcoin pourrait gagner plus de terrain dans le traitement des transferts de fonds internationaux importants. Les frais étant indépendants des montants des transactions, les transferts de fonds sur la chaîne de blocs de bitcoin peuvent être bon marché et rapides. En avril dernier, pendant un creux dans la congestion, 1,1 milliard de dollars US de bitcoin ont été transférés avec un retard de 10 minutes et des frais de 0,68 $. Si l’on ajoute à cela sa capacité de règlement 24 heures sur 24 et son imperméabilité aux interventions gouvernementales, le réseau bitcoin peut offrir des avantages comparativement aux virements télégraphiques longs à régler.

Toutefois, la hausse fulgurante du bitcoin semble davantage pouvoir s’expliquer par son attrait en tant que nouvelle catégorie d’actifs potentielle plutôt qu’en tant que nouvelle forme de monnaie. Le bitcoin est nettement trop volatil pour constituer une réserve de valeur fiable comme les monnaies officielles, car il a affiché une volatilité de 76 % depuis qu’il a franchi pour la première fois une capitalisation boursière totale de 100 milliards de dollars en octobre 2017. Certains investisseurs pensent que le bitcoin évoluera en «or électronique», remplaçant ou complétant l’or physique en tant que nouvelle catégorie d’actifs. L’offre de bitcoin est fixe puisque sa chaîne de blocs plafonne à 21 millions de jetons, ce qui le protège contre une dépréciation. Le nombre fixe de jetons permet également d’éviter les perturbations de l’offre qui peuvent affecter le prix de l’or physique. Le bitcoin lui-même est sûr, avec une chaîne de blocs à toute épreuve. Toutefois, il y a eu déjà eu des vols dans les bourses de cryptomonnaies, où les bitcoins peuvent être échangés contre de la monnaie fiduciaire.


Un portefeuille bien diversifié typique continuera probablement d’accorder une pondération très limitée aux bitcoins et autres cryptomonnaies :

Volatilité extrême avec une corrélation aux marchés boursiers. Étant donné sa volatilité élevée, même une petite répartition en bitcoins peut avoir un impact important sur la performance totale d’un portefeuille. Le bitcoin a aussi tendance à évoluer de concert avec les rendements des marchés boursiers, ce qui réduit ses avantages de diversification du point de vue du fonds total.

Juste valeur incertaine. Parce que le bitcoin n’a pas de flux de trésorerie et se targue d’avoir des utilisations variées, mais incertaines, les différents modèles de juste valeur produisent des évaluations très différentes. Les investisseurs à long terme peuvent éprouver de la difficulté à démêler les mouvements spéculatifs des changements fondamentaux des prix.

Risque réglementaire. Les gouvernements pourraient prendre des mesures de répression contre le bitcoin en raison d’inquiétudes relatives au blanchiment d’argent et aux transferts illégaux. Les autorités fiscales pourraient aussi demander aux investisseurs plus d’information à propos de leurs avoirs en bitcoins afin d’évaluer les gains en capital éventuels.

Gagnant incertain. L’or bénéficie d’un consensus de plusieurs décennies en tant qu’actif sûr non fiduciaire. Ce type de consensus n’existe pas pour le bitcoin, qui pourrait même être perturbé par d’autres cryptomonnaies. Par exemple, Ethereum est prometteur et sa capitalisation boursière n’est qu’environ le cinquième de celle du bitcoin.

Avec une capitalisation boursière approchant mille milliards de dollars américains, le bitcoin représente près de 1 % du marché mondial des actions et des titres à revenu fixe. Dans ce contexte, un investisseur à long terme peut souhaiter ne détenir qu’une proportion comparativement faible de son portefeuille dans un volet des principales cryptomonnaies, tout en reconnaissant que même une petite pondération peut avoir un impact disproportionné sur le risque et le rendement total du portefeuille étant donné la grande volatilité du bitcoin.

Mackenzie Mars 2021
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